Vivre en Allemagne quand on est Camerounais, ce n’est ni le paradis promis sur les réseaux sociaux, ni l’enfer que certains racontent au quartier. C’est un pays organisé, où l’on peut construire une vie solide, avec un hiver long, des habitudes différentes et, parfois, des moments difficiles liés à ta couleur de peau. Voici ce que nous disons à nos candidats avant leur départ, sans enjoliver et sans faire peur.
Tu ne seras pas seul : la communauté camerounaise
Les Camerounais sont nombreux en Allemagne. Selon le ministère allemand des Affaires étrangères, plus de 36 000 Camerounais y vivaient en 2024, et les étudiants camerounais forment depuis longtemps le plus grand groupe d’étudiants d’Afrique subsaharienne dans le pays.
Concrètement, cela veut dire :
- des associations camerounaises dans plusieurs villes, souvent organisées par région d’origine ou par ville. On en trouve par exemple à Brême, à Berlin ou à Dortmund. Vérifie qu’une association est encore active avant de t’y fier : beaucoup changent de nom ou de responsables avec les années ;
- des églises où l’on prie en français, en anglais ou dans des langues africaines, et des mosquées dans la plupart des villes ;
- des fêtes et des rencontres : la fête nationale du 20 mai, les mariages, les réunions familiales, les matchs des Lions Indomptables regardés ensemble ;
- des réseaux d’entraide sur WhatsApp et Facebook, utiles pour trouver une chambre ou un conseil.
Un conseil : la communauté est une force, mais ne t’enferme pas dedans. Tes collègues allemands, les autres apprentis de la Berufsschule, ton club de foot ou de sport t’aident à progresser en allemand plus vite que n’importe quel cours.
Le climat : le vrai choc
Pour beaucoup de Camerounais, le premier choc n’est pas la langue, c’est le froid. Selon les relevés rapportés du service météorologique allemand (DWD), la température moyenne de l’Allemagne en 2025 était d’environ 10 °C sur l’année. À Douala, il fait rarement moins de 20 °C.
Ce que cela veut dire au quotidien :
- l’hiver est long : de novembre à mars, il fait froid, souvent gris, parfois il neige ;
- les jours sont courts en hiver : il fait nuit tôt dans l’après-midi. Beaucoup de nouveaux arrivants se sentent fatigués ou tristes les premiers hivers. C’est normal, et cela passe mieux quand on sort à la lumière du jour, qu’on fait du sport et qu’on garde du lien avec les autres ;
- l’été peut être chaud, et les longues soirées claires de juin et juillet sont un vrai plaisir ;
- les vêtements : investis dans une bonne veste et de bonnes chaussures. C’est ta meilleure dépense de la première année.
Notre article sur les premiers pas à l’arrivée donne la liste des vêtements et des démarches du premier mois.
La nourriture : entre pain allemand et marché africain
La cuisine allemande repose beaucoup sur le pain, les pommes de terre, la viande et les produits laitiers. Le midi, dans les cantines d’entreprise, on mange souvent chaud. Le soir, beaucoup d’Allemands mangent froid : du pain avec du fromage ou de la charcuterie. Ça surprend au début.
Bonne nouvelle : dans la plupart des villes moyennes et grandes, tu trouveras des épiceries africaines (Afroshops) et des épiceries asiatiques ou turques avec du plantain, du manioc, du gari, de l’huile de palme, du piment et des épices. Les prix sont plus élevés qu’au marché Mokolo, mais tu pourras cuisiner ton ndolé ou ton eru de temps en temps.
Cuisiner toi-même est aussi la meilleure façon de tenir ton budget. Une paie d’apprenti n’est pas faite pour manger au restaurant tous les jours.
Les codes du quotidien
Chaque société a ses habitudes. Voici celles qui surprennent souvent les nouveaux arrivants. Ce sont des tendances, pas des règles valables pour chaque personne.
- La ponctualité : un rendez-vous à 8 heures, c’est 8 heures, pas 8 h 30. Au travail, arriver en retard sans prévenir est mal vu. Si tu es en retard, appelle avant.
- Le Termin : presque tout se fait sur rendez-vous, chez le médecin, à la mairie, à la banque. On ne passe pas « juste voir ».
- La franchise : beaucoup d’Allemands disent les choses directement. Une critique sur ton travail n’est en général pas une attaque personnelle. C’est souvent la façon normale de corriger.
- Le calme : beaucoup d’immeubles ont un règlement intérieur avec des heures de calme, le soir et le dimanche. La musique forte ou les appels vidéo en haut-parleur tard le soir peuvent créer des tensions avec les voisins.
- Le tri des déchets : papier, plastique, verre, déchets bio, déchets restants. Chaque poubelle a sa couleur. Et les bouteilles en plastique ou les canettes avec le logo de consigne (Pfand) se rapportent au magasin contre un peu d’argent.
- Le dimanche : la plupart des magasins sont fermés. Fais tes courses le samedi.
- Les papiers : en Allemagne, beaucoup de choses arrivent par lettre. Ouvre ton courrier chaque jour et réponds dans les délais.
Rien de tout cela n’est difficile. Il faut juste le savoir avant d’arriver.
Le racisme : en parler honnêtement
Il faut en parler franchement. Beaucoup de Camerounais en Allemagne vivent bien, travaillent, ont des collègues et des amis allemands, et ne vivent pas de racisme au quotidien. Mais le racisme existe aussi. Il peut prendre la forme de regards, de remarques, de questions répétées sur tes cheveux ou ton origine, de difficultés à trouver un logement, ou parfois de propos ou de gestes plus graves. L’expérience varie beaucoup selon la ville, le quartier et les personnes que tu rencontres.
Ce qu’il faut savoir :
- la loi te protège. La loi générale sur l’égalité de traitement (AGG, Allgemeines Gleichbehandlungsgesetz) interdit la discrimination en raison de l’origine ethnique, y compris dans la formation, le travail et le logement ;
- les délais sont courts. Si tu veux faire valoir un droit contre ton employeur au titre de cette loi, tu dois le faire par écrit dans les deux mois (§ 15 AGG). Ne laisse pas traîner ;
- note tout : la date, l’heure, le lieu, ce qui a été dit, les noms des témoins. Garde les messages et les captures d’écran.
Où trouver de l’aide
Tu n’as pas à gérer seul une situation difficile. Selon le problème :
| Situation | À qui t’adresser |
|---|---|
| Discrimination au travail, au logement, dans un service | Antidiskriminierungsstelle des Bundes (formulaire en ligne, test rapide « Diskriminierungs-Check ») et centres de conseil locaux |
| Problème dans ton entreprise de formation | Ton formateur, le conseil des salariés (Betriebsrat) ou la représentation des jeunes et apprentis (JAV) s’il en existe, la chambre qui suit ta formation |
| Agression ou menace | La police : 110 |
| Urgence médicale | 112 |
| Moral au plus bas, solitude | TelefonSeelsorge, gratuit, anonyme, jour et nuit : 0800 111 0 111, 0800 111 0 222 ou 116 123 |
Parle aussi à des personnes de confiance : un aîné de la communauté, un professeur de la Berufsschule, un collègue. Si tu prépares encore ton départ, tu peux poser tes questions à l’équipe ILC via la page contact.
L’argent et la famille au pays
C’est un sujet dont on parle peu, mais il pèse sur beaucoup de jeunes. Une fois en Allemagne, la famille attend souvent que tu envoies de l’argent. Sois honnête avec elle dès le départ : une paie d’apprenti est modeste, et la vie en Allemagne coûte cher (loyer, assurance, transports). Le salaire minimum de formation pour un départ en 2026 est de 724 euros brut par mois en première année, et il faut parfois compléter avec un compte bloqué.
Tu as le droit de travailler à côté jusqu’à 20 heures par semaine, mais ta formation passe d’abord : un échec à la Berufsschule ou à l’examen met ton séjour en danger. Commence par stabiliser ta vie, puis aide ta famille quand ton budget le permet. Compare les frais avant chaque transfert d’argent vers le Cameroun.
Pour faire tes calculs, lis notre page sur les coûts de l’Ausbildung et l’article sur le salaire en Ausbildung.
Et après ?
Une Ausbildung dure en général de deux à trois ans et demi. Après le diplôme, tu peux rester jusqu’à 18 mois pour chercher un emploi, puis travailler comme professionnel qualifié. Beaucoup de Camerounais construisent ainsi leur vie en Allemagne, d’autres rentrent avec un diplôme et une expérience recherchés. Les deux choix sont respectables. L’important est de partir préparé. Le guide de l’Ausbildung t’explique tout le parcours.
Questions fréquentes
Combien de Camerounais vivent en Allemagne ?
Plus de 36 000 en 2024, selon le ministère allemand des Affaires étrangères. Les étudiants camerounais forment depuis longtemps le plus grand groupe d’étudiants d’Afrique subsaharienne en Allemagne.
Y a-t-il du racisme en Allemagne ?
Oui, il existe, comme dans beaucoup de pays, et l’expérience varie selon les villes et les personnes. La loi interdit la discrimination en raison de l’origine, et l’Antidiskriminierungsstelle des Bundes conseille les personnes concernées.
Peut-on trouver de la nourriture camerounaise en Allemagne ?
Oui, dans les épiceries africaines des villes moyennes et grandes : plantain, manioc, gari, huile de palme, épices. Les prix sont plus élevés qu’au Cameroun.
Comment supporter le premier hiver ?
Avec de bons vêtements, de la lumière du jour, du sport et du lien social. La fatigue des premiers hivers est fréquente chez les nouveaux arrivants et s’atténue avec le temps.
Sources
- Auswärtiges Amt : relations bilatérales Allemagne Cameroun
- Antidiskriminierungsstelle des Bundes : origine ethnique et racisme
- Allgemeines Gleichbehandlungsgesetz, § 15 (délai de deux mois)
- TelefonSeelsorge
- Loi sur le séjour, § 16a (travail à côté de la formation)
- Loi sur le séjour, § 20 (recherche d’emploi après la formation)
- Température moyenne 2025 selon le DWD (article de presse)
- Associations camerounaises en Allemagne (camer.be, 2015 à 2016)
Dernière vérification : 19 octobre 2026.